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Galerie photographique — Urtica dioica
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Botanique
Identité botanique de l’ortie
La grande ortie, Urtica dioica L., est une plante herbacée vivace de la famille des Urticacées, connue de tous pour ses poils urticants mais redoutablement efficace en phytothérapie. Le terme Urtica provient du latin urere (brûler), en référence à la sensation de brûlure provoquée par ses trichomes creux chargés d’acide formique, d’histamine et de sérotonine. Par ailleurs, l’épithète dioica signifie « deux maisons » : mâles et femelles fleurissent sur des pieds séparés. Longtemps considérée comme une mauvaise herbe envahissante, l’ortie est aujourd’hui reconnue comme l’une des plantes médicinales les plus complètes d’Europe.
Description morphologique
La grande ortie est une plante vivace robuste pouvant atteindre 50 à 150 cm de hauteur. Ses tiges dressées, quadrangulaires, sont couvertes de poils urticants (trichomes silicifiés contenant un cocktail d’amines irritantes) et de poils non urticants. En outre, les feuilles sont opposées, ovales-lancéolées, à bords fortement dentés, de 5 à 15 cm de long, avec 3 à 5 nervures bien marquées ; leur surface supérieure est rugueuse, l’inférieure couverte de poils.
Les fleurs, très discrètes, sont unisexuées, réunies en grappes pendantes à l’aisselle des feuilles. Les fleurs mâles sont vert jaunâtre avec 4 étamines, les femelles forment des akènes ovales. Enfin, le rhizome est jaune-orangé, traçant et ramifié, permettant une multiplication végétative vigoureuse.
Ethnobotanique
Histoire et traditions de l’ortie
L’ortie accompagne l’humanité depuis la préhistoire. Des traces de fibres d’ortie vieilles de plus de 2 700 ans ont été retrouvées en Suisse et au Danemark, témoignant d’une utilisation textile antérieure au lin et au chanvre. En Europe du Nord, les Germains et les Celtes en faisaient des cordages, des filets de pêche et même des vêtements.
En médecine ancienne, Dioscoride (Ier siècle apr. J.-C.) décrit l’ortie comme plante chauffante, recommandée pour les inflammations, les hémorragies nasales et les douleurs articulaires. Par ailleurs, Pline l’Ancien vante ses vertus diurétiques et préconise l’urtication — l’application de tiges fraîches sur les articulations douloureuses — pratique qui perdure dans certaines traditions rurales. Au Moyen Âge, Hildegarde de Bingen l’utilise contre la goutte et les affections cutanées.
Durant la Première Guerre mondiale, la pénurie de coton poussa l’Allemagne à réquisitionner l’ortie pour fabriquer des uniformes militaires — plusieurs tonnes de fibres furent collectées. Cette plante de « friches et de pauvreté » se révèle ainsi d’une richesse insoupçonnée.
Pratique ancestrale consistant à frapper volontairement les articulations douloureuses avec des tiges d’ortie fraîche, l’urtication est documentée dans de nombreuses traditions médicinales européennes pour soulager rhumatismes et arthrites. Des études modernes explorent les mécanismes — libération de médiateurs anti-inflammatoires, effet contre-irritant — qui pourraient expliquer son efficacité empirique.
Phytochimie
Composition chimique de l’ortie
Feuilles et tiges
| Classe | Composés principaux | Activités associées |
|---|---|---|
| Flavonoïdes | Quercétine, kaempférol, isorhamnoside, rutine | Antioxydant, anti-inflammatoire, vasoprotecteur |
| Acides phénoliques | Acide chlorogénique, acide caféique, acide férulique | Antioxydant, hépatoprotecteur |
| Vitamines | Vitamine C (60-160 mg/100 g frais), vitamine K1, provitamine A (bêta-carotène), vitamines B1, B2 | Antioxydant, hémostatique, vision, métabolisme |
| Minéraux | Fer (biodisponible), calcium, magnésium, silicium, potassium, phosphore | Reminéralisant, anti-anémique, tonique |
| Chlorophylle | Chlorophylle a et b | Détoxifiant, déodorant interne, soutien hépatique |
| Amines biogènes (trichomes) | Histamine, sérotonine, acide formique, acide acétique | Responsables de l’urticaire de contact |
| Protéines | Jusqu’à 25-30 % de la matière sèche — teneur exceptionnelle pour un végétal | Nutritionnel, tonique |
| Acides organiques | Acide silicique, acide oxalique | Reminéralisant (silicium), attention à l’oxalate en excès |
Racines (Urticae radix)
| Composés | Activités |
|---|---|
| Lectines (UDA — Urtica dioica agglutinin) | Immunomodulation, action sur les récepteurs prostatiques |
| Polysaccharides (arabinogalactanes) | Immunostimulant |
| Phytostérols (β-sitostérol, sitostérol-3-O-glucoside) | Inhibition de la 5-α-réductase, action anti-androgénique |
| Scopolétime (coumarine) | Anti-inflammatoire, inhibition de l’aromatase |
| Polyphénols (acide homovanilic glucoside) | Antioxydant |
Les feuilles fraîches d’ortie contiennent davantage de fer que les épinards, plus de vitamine C que les oranges (à poids égal), et une teneur en protéines comparable à certaines légumineuses. Ainsi, elle constitue un superaliment printanier de premier ordre, à condition de la cuire ou de la sécher pour neutraliser les poils urticants.
Pharmacologie
Propriétés thérapeutiques de l’ortie
Clinique
Indications thérapeutiques de l’ortie
Feuilles — usages principaux
Fatigue et asthénie printanière : La cure d’ortie de printemps est une tradition bien établie dans toute l’Europe. Jeunes pousses en soupe, jus frais ou infusion permettent de revitaliser l’organisme après l’hiver grâce à l’apport massif en minéraux, vitamines et protéines végétales.
Anémie ferriprive : L’ortie représente l’une des meilleures sources végétales de fer. De plus, sa teneur en vitamine C favorise l’absorption du fer non héminique. Elle peut compléter une alimentation déficitaire, notamment chez les femmes en âge de procréer, les adolescentes et les végétariens.
Rétention d’eau et diurèse : Reconnue par l’EMA (Agence européenne du médicament) pour l’usage traditionnel dans le traitement d’appoint des infections urinaires mineures et pour augmenter le débit urinaire. Elle se marie bien avec d’autres plantes drainantes comme le bouleau en cure de printemps.
Rhumatismes et arthrose : Des études contrôlées (notamment celle de Randall et al., 2000, publiée dans le Journal of the Royal Society of Medicine) montrent une réduction significative de la douleur arthritique avec l’ortie fraîche. L’extrait standardisé réduit les marqueurs inflammatoires.
Hémorragies légères : La vitamine K1 abondante justifie l’usage traditionnel contre les saignements de nez, les ménorragies légères et les hémorroïdes saignantes.
Alopécie et cheveux fragiles : En usage externe, les lotions à base d’ortie stimulent la microcirculation du cuir chevelu et apportent silicium et vitamines utiles à la structure du cheveu.
Racines — action sur la prostate
L’extrait de racine d’ortie est reconnu dans le traitement symptomatique de l’hyperplasie bénigne de la prostate (HBP) aux stades I et II. Il réduit la nycturie, la pollakiurie et améliore le débit urinaire. En effet, son mécanisme implique l’inhibition de la liaison des androgènes à la SHBG (Sex Hormone Binding Globulin) et une action anti-proliférative sur les cellules prostatiques.
L’EMA reconnaît l’usage traditionnel des feuilles d’Urtica dioica et d’Urtica urens pour : (1) soulager les douleurs légères des articulations dans les rhumatismes ; (2) augmenter le débit urinaire comme adjuvant dans les infections urinaires mineures ; (3) traitement d’appoint des symptômes allergiques saisonniers. La racine est reconnue pour le traitement symptomatique des troubles urinaires liés à l’HBP légère.
Galénique
Formes et posologies de l’ortie
| Forme | Préparation | Posologie usuelle |
|---|---|---|
| Infusion (feuilles) | 1 à 2 cuillères à soupe de feuilles sèches (3-4 g) dans 200 ml d’eau frémissante, infuser 10 min | 2 à 3 tasses par jour, cure de 3 à 6 semaines |
| Jus frais | Jeunes pousses mixées et pressées (avec gants !) | 30 à 50 ml matin à jeun, 4 à 6 semaines |
| Extrait sec (gélules) | Extrait standardisé en polyphénols | Feuilles : 300-500 mg × 2-3/j ; Racine : 300-600 mg/j |
| Teinture mère (TM) | Macération à l’alcool (feuilles fraîches) | 50 à 100 gouttes dans un verre d’eau, 2-3 fois/j |
| Poudre de plante | Feuilles séchées et réduites en poudre | 2 à 4 g par jour, incorporée à l’alimentation |
| Usage externe | Décoction concentrée pour lotion capillaire ou compresses | Application locale, 2-3 fois par semaine |
Pour l’infusion, utiliser une eau entre 80 et 90°C (pas bouillante) afin de préserver la vitamine C thermosensible. La décoction des racines se fait à frémissement pendant 10 à 15 minutes. En jus frais, le mixage ou le passage à la centrifugeuse neutralise les poils urticants — il est inutile de cuire le jus.
Sécurité d’emploi
Précautions et contre-indications de l’ortie
Anticoagulants (warfarine, AVK) : La teneur élevée en vitamine K1 peut diminuer l’effet anticoagulant. Surveillance de l’INR recommandée.
Antidiabétiques : L’ortie possède un léger effet hypoglycémiant — surveiller la glycémie en cas de traitement par insuline ou antidiabétiques oraux.
Antihypertenseurs et diurétiques : Effet potentiellement additif — prudence en cas de traitement en cours.
Anti-inflammatoires AINS : Association pouvant potentialiser l’effet anti-inflammatoire — généralement favorable mais à signaler au médecin.
Contre-indications
Œdèmes cardiaques ou rénaux : La propriété diurétique de l’ortie est contre-indiquée dans les œdèmes d’origine cardiaque ou rénale sévère (risque de surcharge ou déséquilibre électrolytique).
Grossesse et allaitement : Aux doses alimentaires habituelles, l’ortie est sans danger. En revanche, les extraits concentrés et les formes médicinales sont déconseillés par précaution pendant la grossesse (activité utérotonique potentielle) sans avis médical.
Allergie : Rare mais possible. Une réaction d’hypersensibilité peut survenir chez des personnes allergiques aux Urticacées.
Lithiases oxaliques : La teneur en acide oxalique des feuilles fraîches déconseille une consommation excessive chez les personnes sujettes aux calculs rénaux oxaliques.
Précautions pratiques de cueillette
La cueillette doit se faire avec des gants épais en évitant de toucher les feuilles à mains nues. Récolter les jeunes pousses terminales au printemps, dans des zones éloignées des routes, industries et terres agricoles traitées aux pesticides. L’ortie est nitrophile (aime les sols riches en azote) : elle peut accumuler des nitrates en excès dans les zones très polluées.
Recherche scientifique
Données cliniques et études sur l’ortie
La recherche sur Urtica dioica est particulièrement fournie pour la racine (HBP) et les feuilles (anti-inflammatoire, métabolisme).
Hyperplasie bénigne de la prostate (racine)
Une méta-analyse publiée dans Phytomedicine (Safarinejad, 2005) portant sur 558 patients a démontré une réduction significative des symptômes urinaires (score IPSS) et une amélioration du débit urinaire maximal sous extrait de racine d’ortie (459 mg/j pendant 6 mois). Par ailleurs, des essais cliniques allemands (Sokeland & Albrecht, 1997) comparent favorablement l’extrait de racine à la finastéride pour les formes légères à modérées.
Polyarthrite rhumatoïde et arthrose
Randall et al. (2000) ont mené un essai croisé randomisé montrant que l’application locale d’ortie fraîche (Urtica dioica) sur l’articulation douloureuse réduit significativement la douleur et les scores d’invalidité par rapport au placebo (mort-aux-rats). Une étude iranienne (Jacquet et al., 2011) confirme la réduction des marqueurs inflammatoires circulants sous extrait standardisé.
Effet anti-inflammatoire (mécanismes)
Des travaux allemands (Obertreis et al., 1996 ; Riehemann et al., 1999) ont identifié les mécanismes : inhibition du facteur NF-κB (transcription des cytokines inflammatoires), réduction des leucotriènes B4 et PGE2, inhibition de l’élastase des leucocytes. Ainsi, ces effets sont attribuables principalement aux flavonoïdes et aux polysaccharides de la partie aérienne.
Métabolisme et diabète
Plusieurs études animales et quelques essais cliniques iraniens suggèrent un effet hypoglycémiant de l’extrait aqueux de feuilles, probablement via la stimulation de la sécrétion d’insuline et l’inhibition des α-glucosidases intestinales. Ces résultats restent à confirmer par des essais de grande ampleur.
Urtica dioica folium fait l’objet d’une monographie HMPC de l’EMA (2012) reconnaissant l’usage traditionnel pour les affections rhumatismales légères et les infections urinaires mineures. La Commission E allemande a établi des monographies distinctes pour les feuilles et les racines, toutes deux approuvées. La racine figure dans la Pharmacopée Européenne (Ph. Eur.).
Usage alimentaire
L’ortie dans la cuisine
L’ortie est l’un des légumes sauvages les plus nutritifs d’Europe. Ses jeunes pousses printanières (avant la floraison) s’utilisent exactement comme les épinards une fois cuites ou transformées, la chaleur ou le mixage neutralisant instantanément les poils urticants.
Recettes traditionnelles
Soupe d’ortie : Faire revenir oignon et ail, ajouter pommes de terre en dés, bouillon et jeunes pousses d’ortie (avec gants !). Cuire 20 minutes, mixer. Crème et noix de muscade en finition. Recette présente dans toutes les traditions culinaires rurales d’Europe.
Quiche aux orties : Blanchir les orties 2 minutes, égoutter, hacher. Mélanger avec œufs, crème et fromage râpé. Garnir une pâte brisée et cuire 30 minutes à 180°C.
Pesto d’ortie : Blanchir 100 g de jeunes pousses, égoutter. Mixer avec ail, parmesan, pignons, huile d’olive et sel. Alternative savoureuse au pesto classique, plus riche en fer et chlorophylle.
Thé printanier : Infuser les feuilles fraîches ou séchées. La couleur verte profonde et le goût herbacé légèrement terreux en font une boisson reminéralisante agréable.
La meilleure période pour cueillir les jeunes pousses destinées à la cuisine est de mars à mai, avant que la plante ne fleurisse. Au-delà, les feuilles âgées développent des cristaux de cystolithes irritants pour les reins. Prendre uniquement les 4 à 6 paires de feuilles du sommet avec des gants solides et des ciseaux. La cuisson, la centrifugation ou le mixage suffit à neutraliser les urticants.
Statut légal
Réglementation de l’ortie en France et en Europe
En France, Urtica dioica est inscrite sur la liste des plantes médicinales de la Pharmacopée Française (11ème édition). Les feuilles et les racines peuvent être utilisées en phytothérapie officinale.
L’Agence européenne du médicament (EMA/HMPC) a établi des monographies pour Urticae herba (feuilles et tiges) et Urticae radix (racines), reconnaissant l’usage traditionnel établi dans les deux cas.
En Europe, les compléments alimentaires à base d’ortie sont librement commercialisables, sous réserve de respecter les allégations santé autorisées. Les médicaments à base d’extrait de racine pour l’HBP sont disponibles sur prescription ou en automédication selon les États membres.
L’ortie est également listée parmi les plantes pouvant être préparées en tisanes en pharmacie sans ordonnance (liste A du décret de 1979, modifiée en 2008).
Synthèse
Conclusion sur l’ortie
Urtica dioica incarne parfaitement la réconciliation entre la plante populaire dédaignée et la ressource thérapeutique validée par la science moderne. Simple mauvaise herbe pour certains, elle se révèle être l’une des plantes médicinales les plus complètes de notre flore indigène : superaliment reminéralisant, anti-inflammatoire documenté, soutien prostatique reconnu par l’EMA, plante alimentaire de premier ordre.
Sa richesse phytochimique — flavonoïdes, vitamines, minéraux, lectines, phytostérols — explique la diversité de ses applications. La distinction entre feuilles (usage nutritionnel et anti-inflammatoire) et racines (usage prostatique) est fondamentale en pratique clinique.
La grande ortie mérite pleinement sa place au cœur de toute pharmacie naturelle printanière, comme plante de la « cure de jouvence » saisonnière, et comme auxiliaire précieux dans les affections rhumatismales chroniques et les troubles prostatiques bénins.
Feuilles : Reminéralisant exceptionnel, diurétique doux, anti-inflammatoire, anti-anémique, hémostatique — usage en cure printanière, fatigue, rhumatismes, anémie.
Racines : Action sur l’HBP (stades I-II), amélioration des symptômes urinaires — usage ciblé avec suivi médical.
Alimentation : Jeunes pousses printanières = légume sauvage nutritif exceptionnel.
Précautions : Surveiller les interactions avec anticoagulants et antidiabétiques. Contre-indiqué dans les œdèmes cardiaques/rénaux.
Bibliographie sélective
- Randall C. et al. (2000). Randomised controlled trial of nettle sting for treatment of base-of-thumb pain. Journal of the Royal Society of Medicine, 93(6), 305-309.
- Safarinejad MR. (2005). Urtica dioica for treatment of benign prostatic hyperplasia. Journal of Herbal Pharmacotherapy, 5(4), 1-11.
- Obertreis B. et al. (1996). Anti-inflammatory effect of Urtica dioica folia extract. Arzneimittelforschung, 46(1), 52-56.
- Riehemann K. et al. (1999). Plant extracts from stinging nettle inhibit the proinflammatory transcription factor NF-κB. FEBS Letters, 442(1), 89-94.
- EMA/HMPC (2012). Assessment report on Urtica dioica L. et Urtica urens L., herba. EMA/HMPC/461726/2008.
- Bruneton J. (2016). Pharmacognosie, Phytochimie, Plantes médicinales. 5ème éd. Lavoisier, Paris.
- Wichtl M. (Ed.) (2004). Herbal Drugs and Phytopharmaceuticals. 3rd ed. Medpharm, Stuttgart.

Urtica dioica — feuilles caractéristiques ovales-lancéolées avec dentelure marquée et poils urticants visibles.

Urtica dioica — jeune plant d’ortie avec tiges quadrangulaires et feuilles opposées caractéristiques.
