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Photos © Delphine — Phytothérapie
Botanique
Identité botanique
Le pissenlit commun, Taraxacum officinale Web., est une plante herbacée vivace de la famille des Astéracées. Son épithète latine officinale — « de l’officine » — témoigne de son ancienneté médicale. Le nom vernaculaire « dent-de-lion », traduit du latin dens leonis, fait référence à la dentelure caractéristique de ses feuilles.
Morphologie
Le pissenlit forme une rosette basale de feuilles profondément découpées en lobes triangulaires — la « dent-de-lion ». Les feuilles contiennent un latex blanchâtre laiteux, source de ses alcaloïdes amers. Les hampes florales creuses portent un capitule unique d’un jaune vif intense, composé de 100 à 300 fleurs ligulées. La racine pivotante peut atteindre 50 cm de profondeur et accumule l’inuline en automne.
Tradition et histoire
Histoire et traditions thérapeutiques
Le pissenlit est l’une des plantes médicinales les plus universellement connues. Son emploi est attesté dans toutes les grandes traditions médicales tempérées.
Avicenne et le Moyen Âge arabe
Le médecin perse Avicenne (980–1037) mentionne le pissenlit dans son Canon de la médecine, le recommandant pour les troubles hépatiques et comme diurétique. Ibn Baytar (1197–1248) en vante les vertus dépuratives.
Europe médiévale
Hildegarde de Bingen (1098–1179) dans son Physica le cite pour « purifier le sang des humeurs corrompues ». Au XVIe siècle, Leonhard Fuchs et John Gerard confirment l’usage dépuratif et diurétique.
Tradition populaire française
La salade de pissenlit aux lardons du printemps était une véritable cure dépurative saisonnière, ingérée en avril pour « nettoyer le sang » après l’hiver.
Le nom « pissenlit » — attesté dès le XVIe siècle — est une référence directe à l’effet diurétique marqué de la plante. Les équivalents existent dans de nombreuses langues : pee-in-bed (anglais populaire), Bettnässer (allemand).
Biochimie
Composition chimique
Feuilles — Folium Taraxaci
| Composé | Classe chimique | Remarque |
|---|---|---|
| Lactones sesquiterpéniques | Germacranolides, Eudesmanolides | Principes amers (taraxacine) ; stimulation hépatobiliaire |
| Acides phénoliques | Dérivés hydroxycinnamiques | Acide cafféique, chlorogénique, férulique ; antioxydants |
| Flavonoïdes | Flavones, flavonols | Lutéoline, quercétine ; anti-inflammatoires |
| Potassium | Minéral | Jusqu’à 4,5 % de la matière sèche — compense les pertes diurétiques |
| Vitamines | Micronutriments | Vitamine C, bêta-carotène (provitamine A), vitamine K |
| Phytostérols | Stérols végétaux | Bêta-sitostérol ; effets hypocholestérolémiants |
Racine — Radix Taraxaci
| Composé | Classe chimique | Remarque |
|---|---|---|
| Inuline | Polysaccharide (fructo-oligosaccharide) | 20–40 % en automne/hiver ; prébiotique majeur |
| Fructose libre | Glucide | Prédomine au printemps ; saveur sucrée de la racine fraîche |
| Taraxostérol | Triterpène pentacyclique | Propriétés hépatoprotectrices et anti-inflammatoires |
| Lactones sesquiterpéniques | Sesquiterpènes | Taraxacine (très amère) ; cholagogues puissants |
| Mucilages | Polysaccharides | Action laxative douce, protectrice des muqueuses |
La racine est l’une des sources les plus riches en inuline (40 % en automne, 1–5 % au printemps). Elle fermente dans le côlon et nourrit sélectivement les Bifidobacterium et Lactobacillus.
Fleurs — Flos Taraxaci
Les fleurs apportent des flavonoïdes (lutéoline, quercétine), des caroténoïdes (bêta-carotène — couleur jaune vif) et des vitamines A, C et E.
Pharmacodynamie
Propriétés thérapeutiques
Le pissenlit (1) produit plus de bile (cholérétique), (2) expulse cette bile vers l’intestin (cholagogue), et (3) filtre davantage par les reins (diurétique). Ces trois effets conjugués en font le grand dépuratif du printemps.
Thérapeutique
Indications cliniques
Indications hépatobiliaires
| Indication | Mécanisme | Partie utilisée |
|---|---|---|
| Insuffisance hépatique fonctionnelle | Stimulation de la production et de l’écoulement de la bile | Racine (décoction) |
| Lithiase biliaire (calculs cholestéroliques) | Fluidification et augmentation du flux biliaire | Racine + feuilles |
| Angiocholite | Effet cholagogue drainant + anti-inflammatoire | Racine |
| Hépatite chronique (soutien) | Hépatoprotection par antioxydants et taraxostérol | Racine + teinture |
| Migraine digestive biliaire | Régulation du flux biliaire, foie paresseux | Racine (décoction) |
| Constipation par atonie biliaire | La bile stimule le péristaltisme intestinal | Racine |
Indications rénales et métaboliques
| Indication | Mécanisme | Partie utilisée |
|---|---|---|
| Rétention hydrique légère | Diurèse augmentée, potassium compensateur | Feuilles (infusion) |
| Goutte (hyperuricémie) | Élimination accrue de l’acide urique | Feuilles (infusion) |
| Hypercholestérolémie modérée | Phytostérols, inuline, acides biliaires | Racine (automne) |
| Diabète type 2 (soutien) | Inhibition des enzymes digestives ; prébiotique | Racine + feuilles |
| Dermatoses (eczéma, acné, psoriasis) | Dépuratif général — amélioration du terrain | Feuilles + racine (cure) |
| Rhumatismes, arthrite | Dépuratif, anti-inflammatoire | Feuilles + racine |
Feuilles fraîches en salade ou infusion pendant 15 à 21 jours à partir d’avril. Active les fonctions hépato-rénales après l’hiver, élimine les déchets accumulés et relance le métabolisme.
Posologie
Modes d’emploi et posologies
| Préparation | Mode d’emploi | Posologie | Usage préférentiel |
|---|---|---|---|
| Infusion de feuilles | 30 g de feuilles séchées/L, infuser 10 min | 1 tasse 2–3 fois/jour | Diurèse, dépuratif, cure printanière |
| Décoction de racines | 30–60 g de racines séchées/L, frémir 15 min | 1 tasse 2–3 fois/jour, 10–15 jours | Foie, vésicule, constipation |
| Teinture alcoolique (1:5, 40–50°) | En gouttes dans de l’eau | 40–60 gouttes, 2–3 fois/jour | Usage pratique, conservation longue |
| Teinture mère (TM) | Macération de la plante fraîche | 50–150 gouttes/jour en 2–3 prises | Terrain articulaire, hépatique chronique |
| Poudre de racine sèche | En gélules ou dans les aliments | 2–15 g/jour en 2–3 prises | Prébiotique (automne), cholagogue |
| Feuilles fraîches en salade | Jeunes feuilles avant floraison, crues | Usage libre — 50–100 g/repas | Cure alimentaire, dépuratif printanier |
Infusions et décoctions à prendre 20–30 minutes avant les repas pour optimiser l’effet cholagogue. Cures de 15 à 21 jours, pause de 10–14 jours. Préférer les prises le matin et à midi pour l’effet diurétique.
Sécurité
Contre-indications et précautions d’emploi
- Obstruction des voies biliaires : risque de coliques hépatiques sévères
- Cholangite aiguë (inflammation aiguë des voies biliaires)
- Allergie avérée aux Astéracées : risque de réaction croisée (camomille, arnica, échinacée)
- Ileus intestinal (occlusion intestinale)
Interactions médicamenteuses
| Médicament | Risque | Conduite à tenir |
|---|---|---|
| Anticoagulants (AVK, warfarine) | La vitamine K peut réduire l’efficacité des AVK | Surveillance INR |
| Diurétiques médicamenteux | Potentialisation de l’effet diurétique | Signaler à son médecin |
| Antidiabétiques oraux / insuline | Légère potentialisation hypoglycémiante | Surveiller la glycémie |
| Lithium | La diurèse modifie l’élimination du lithium | Éviter les cures intenses ; avis médical |
| Hypotension artérielle | Effet diurétique pouvant abaisser la tension | Doses modérées, surveillance |
Recherche
Études scientifiques et données cliniques
| Référence | Objet | Résultats |
|---|---|---|
| Colle D. et al., 2012 | Effet hépatoprotecteur des feuilles sur modèle toxique | Réduction des marqueurs de dommage hépatique (ALT, AST) ; effet antioxydant confirmé |
| Lee B.R. et al., 2012 | Effets sur la fatigue et l’immunité | Diminution de l’acide lactique ; augmentation de l’activité des cellules NK |
| Koh Y.J. et al., 2010 | Activité anti-inflammatoire | Inhibition des COX-2 et iNOS ; réduction des cytokines pro-inflammatoires |
| Clare B.A. et al., 2009 | Effet diurétique chez l’humain (étude pilote) | Augmentation significative du volume mictionnel sur 24h ; bien tolérée |
| González-Castejón M. et al., 2012 | Revue systématique (44 études) | Confirmation des effets antioxydants, anti-inflammatoires, hypoglycémiants et hépatoprotecteurs |
Gastronomie et nutrition
Usage alimentaire et culinaire
Valeur nutritionnelle des feuilles fraîches (pour 100 g)
| Nutriment | Quantité | % AJR |
|---|---|---|
| Vitamine K | 778 µg | 648 % ! |
| Vitamine A (β-carotène) | 5085 UI | 102 % |
| Vitamine C | 35 mg | 39 % |
| Calcium | 187 mg | 19 % |
| Fer | 3,1 mg | 17 % |
| Potassium | 397 mg | 11 % |
| Fibres alimentaires | 3,5 g | 12 % |
Usages
Feuilles fraîches : Salade aux lardons et œuf poché (lyonnais), vinaigrette chaude à l’ail. Jeunes feuilles printanières = moins amères.
Fleurs : Vin de pissenlit (tradition bourguignonne), décoration de salades.
Racines torréfiées : Substitut de café sans caféine, très apprécié dans les pays nordiques.
Faire rissoler des lardons fumés. Déglacer avec du vinaigre de vin rouge et une cuillère de moutarde à l’ancienne. Verser chaud sur les feuilles de pissenlit frais. Ajouter un œuf poché et des croûtons à l’ail. Une cure hépatodigestive aussi délicieuse que thérapeutique.
Statut officiel
Réglementation et statut officiel
Radix Taraxaci : troubles digestifs légers et augmentation de la diurèse.
Folium Taraxaci : drainage rénal et élimination des déchets métaboliques.
Racine et feuille inscrites à la Pharmacopée Européenne (Ph. Eur.). En France, figure sur la liste A des plantes des tisanes officinales à usage médical (Arrêté du 22 juin 1992).
Synthèse
Conclusion
Le pissenlit — Taraxacum officinale — mérite amplement sa réputation de grande herbe dépurative. Plante commune souvent considérée à tort comme une mauvaise herbe, il réunit une biochimie sophistiquée et des propriétés thérapeutiques multiples : cholagogue, cholérétique, diurétique, anti-inflammatoire, hépatoprotecteur, prébiotique.
Sa grande originalité est d’agir simultanément sur le foie, la vésicule biliaire et les reins, tout en apportant un potassium exceptionnel qui rend son effet diurétique particulièrement sûr.
- Triple action dépurative : foie + vésicule + reins
- Racine = cholagogue-cholérétique ; Feuille = diurétique-dépurative
- Diurétique kaliépréservateur : le potassium des feuilles compense les pertes
- Inuline prébiotique (automne) : entretien du microbiote colique
- Reconnu par l’EMA comme médicament traditionnel à base de plantes
- CI absolue : obstruction biliaire et allergie aux Astéracées
Bibliographie
- Valnet J. (1983). Phytothérapie. Maloine, Paris.
- EMA/HMPC (2016). Assessment report on Taraxacum officinale.
- González-Castejón M. et al. (2012). Nutr Rev. 70(9):534–547.
- Clare B.A. et al. (2009). J Altern Complement Med. 15(8):929–934.
- Colle D. et al. (2012). Evid Based Complement Alternat Med. 2012:592953.


